Prévention de la récidive ou désengagement délinquant. Parcours et perceptions d’agent·es de probation et de personnes judiciarisées (France-Suisse)

Sous la direction de :
Xavier de LARMINAT
Juillet, 2022

Débutée en 2018, finalisée en 2022, elle est issue de l’appel à projets Récidive et désistance.

Résumé de la recherche : Depuis environ deux siècles, l’intérêt des scientifiques et des autorités publiques pour les comportements délinquants converge vers une préoccupation commune : expliquer le « passage à l’acte » et éviter la « récidive ». Les recherches menées à ce sujet dans différentes disciplines se sont longtemps données pour objectif d’élaborer une théorie générale dressant les causes de la délinquance. De leur côté, les institutions pénales leur ont régulièrement emboité le pas en tentant de mettre en pratique ces théories afin d’empêcher la réitération d’infractions.

Dans ce cadre, la dernière décennie a vu émerger le thème des sorties de délinquance. Cet intérêt récent pour les processus de désengagement, plutôt que pour la répétition des transgressions, est perceptible aussi bien du côté des universitaires que des institutions socio-judiciaires. Ce rapport de recherche vise à rendre compte des enjeux liés à cette évolution. Il explore les usages et souligne les limites de certains développements théoriques et des applications institutionnelles liées à ce changement de perspective, en les croisant avec les parcours de vie et l’expérience des personnes concernées.

On s’appuiera pour cela sur un dispositif méthodologique comportant deux volets. D’un côté, une enquête de terrain réalisée par entretiens au sein de services de probation en France et en Suisse. De l’autre, la restitution sous forme de récits de vie de la trajectoire biographique de personnes ayant fait l’objet d’une condamnation dans ces deux pays. Au contraire d’approches cherchant à identifier des facteurs unilatéralement propices ou défavorables à la récidive ou à la désistance, on s’attachera à rendre compte des configurations complexes et des dimensions enchevêtrées qui caractérisent ces parcours de vie.

Il ressort de cette recherche que le système pénal constitue un obstacle plutôt qu’un levier en matière de sorties de délinquance. Au lieu de chercher de nouvelles méthodes d’intervention, il est surtout indispensable que l’action institutionnelle cesse de causer du préjudice. Le désengagement délinquant nécessite d’être appréhendé dans une perspective longitudinale et transversale attentive aux rapports de domination. Parmi eux, l’accent est mis ici sur les conditions d’accès à l’autonomie pour les personnes judiciarisées, fortement touchées par des inégalités socio-économiques structurelles, et sur les conditions de leur émancipation, compte tenu du regard stigmatisant et discriminant porté à leur encontre par le système pénal et social.